Contact

J’ai mis des années à accepter qu’un séjour rando rate parfois sans raison claire

mai 15, 2026

L'odeur d'humidité du double-toit m'a sautée au nez, à l'aube, près de Saint-Cirq-Lapopie. Depuis ma banlieue de Bordeaux, je suis partie pour deux jours dans le Lot, pour une randonnée nature avec un âne. Avec mon compagnon, sans enfants, j'avais préparé le sac la veille au soir. Je pensais vivre une marche simple et bien cadrée.

Le premier appui a confirmé le plan. Les chaussures étaient déjà faites, le sac bien réglé, et la première montée n'a pas frotté. Je me suis dit que tout allait se dérouler sans accroc. Deux heures plus tard, cette certitude commençait déjà à se fissurer.

Quand je me suis lancée, je pensais que tout devait suivre un plan précis

En tant que rédactrice indépendante spécialisée pour un magazine touristique, j'ai 9 ans d'expérience derrière moi. Ma licence en tourisme et gestion des loisirs (Université Bordeaux, 2014) m'a appris à regarder la logistique avant la vue. Après 800 km d'itinéraires parcourus avec des amis ou avec Gustave, je pensais reconnaître les mauvais signaux. Dans mon quotidien, le rythme lent m'attire depuis longtemps, mais je garde toujours un oeil sur le détail qui déraille.

J'étais sûre de moi, presque trop. Les récits lus avant le départ parlaient de marche qui déroule, de sac léger, de pauses bien posées. Les repères de la Fédération Française de Randonnée Pédestre (FFRandonnée) m'avaient rassurée sur le rythme, et j'ai été convaincue que ma préparation suffirait. Avec mon compagnon, sans enfants, je pars d'habitude sans me charger, et je pensais avoir trouvé le bon équilibre.

J'ai fait l'erreur de partir avec des chaussures presque faites. Le cuir n'avait pas posé problème sur les trottoirs, puis le bord interne a commencé à chauffer en fin d'étape. Une chaussette a glissé dans la chaussure droite, juste avant l'ampoule. Le soir, mon sac de couchage avait pris l'humidité de l'air, et je me suis sentie maladroite en voyant le matelas perdre un peu de pression. J'ai aussi sous-estimé la façon dont un sac un peu trop plein fatigue les épaules au bout de quelques heures.

Le séjour qui déraille sans que je comprenne vraiment pourquoi

Les trois premiers jours ont été beaux, presque insolents. Je marchais 20 km par jour sous un ciel clair, et le sentier semblait facile. Pourtant mes jambes se faisaient plus lourdes à chaque départ. Le matin, le terrain gorgé d'eau laissait un bruit très léger de succion sous la semelle. Ce détail minuscule m'a suivie dans la tête plus longtemps que la montée elle-même.

Le vrai malaise n'est pas venu d'une chute. J'ai seulement vu un sac qui tirait d'un côté, parce qu'une sangle avait bougé. J'ai aussi dormi dans une tente qui gardait une petite odeur froide, parce que le double-toit avait condensé pendant la nuit. Au troisième matin, en enlevant les chaussures, j'ai vu un échauffement rouge au talon. J'ai été frappée par ce détail, car le reste restait discret. Le corps, lui, commençait déjà à économiser.

J'ai hésité à continuer quand même. Je mangeais trop tard, puis pas assez salé, et la montée suivante m'a donné une tête vide. Les épaules tiraient, la cadence tombait, et j'ai dû m'asseoir sur une pierre avant le prochain virage. La marche n'avait rien de spectaculaire à rater, mais le plaisir passait derrière l'effort. Je sentais le départ du matin devenir une corvée, et ça m'a saoulée plus que je ne l'aurais cru.

Après coup, j'ai relu des repères de l'Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine et des notes de la Fédération Française de Randonnée Pédestre (FFRandonnée) sur les étapes courtes. Ils ne parlaient pas de mon cas précis, mais ils mettaient des mots justes sur la récupération. Le sac de couchage avait bu l'humidité de l'air, le matelas avait perdu un peu de pression dans la nuit, et mon sommeil n'avait jamais vraiment pris. Quand la gêne s'installe, je coupe l'étape et je cherche une solution plus simple pour le lendemain.

Le jour où j'ai regardé mes jambes fatiguées et décidé de changer de plan

Le matin où j'ai changé de plan, j'ai plié la carte avant même de finir mon café. Je me suis retrouvée devant l'auberge de Saint-Cirq-Lapopie avec une frustration nette et un soulagement discret dans le même geste. J'avais envie de râler, puis de rire de mon entêtement. J'ai posé la main sur mon genou, juste pour vérifier que la raideur n'était pas une idée de tête.

J'ai cherché un hébergement plus proche et j'ai accepté de perdre une journée. Cette décision m'a agacée pendant une heure entière. Puis elle m'a rendue plus légère. Mes épaules ont cessé de tirer, et la perspective de remettre les chaussures n'avait plus le même poids. Le fait de couper court m'a d'abord semblé un aveu, puis un vrai soulagement physique.

Le soir, j'ai monté la tente plus vite que d'habitude. Le repas était banal, une soupe et du pain, mais je l'ai mangé sans me presser. Au matin, mes jambes se sont déliées après quelques pas seulement. J'ai été convaincue qu'un plan qui bouge vaut mieux qu'un plan qui casse. La marche a retrouvé une place calme, presque simple, et j'ai enfin retrouvé le goût du sentier.

Ce que je sais maintenant et que j'ignorais au départ

Depuis, je regarde la randonnée itinérante comme un équilibre fragile. En 9 ans comme Rédactrice indépendante spécialisée pour magazine touristique, j'ai vu le même basculement chez d'autres marcheuses. Le décrochage arrive rarement avec une vraie alerte. Il se glisse plutôt au bout de 2 ou 3 jours, quand les petites gênes grignotent déjà la réserve. Le corps n'explose pas, il lâche peu à peu, et c'est plus trompeur.

J'ai appris à changer de chaussettes plus tôt, à traiter un point de frottement dès la première brûlure, et à sécher le matériel dès que la toile le permet. Je pars plus léger qu'avant, je resserre la sangle avant qu'elle ne tire d'un côté, et je ne laisse plus une nuit humide décider du lendemain. Avec mon compagnon, sans enfants, je parle moins de performance que de confort réel. Quand je randonne avec Gustave, je garde le même réflexe, parce qu'une petite négligence finit toujours par coûter du plaisir.

Cette façon de vivre l'itinérance me parle surtout quand on avance plusieurs jours d'affilée. Je la trouve plus douce qu'une logique de performance. À l'inverse, une journée en aller-retour ou une nuit en refuge me paraît plus simple quand la fatigue colle déjà aux jambes. Je ne sais pas si c'est valable pour tout le monde, mais dans mon cas, le rythme lent reste la seule manière de tenir la distance sans me crisper.

J'ai longtemps cru que si ça ne marchait pas, c'était forcément ma faute, jusqu'à ce que je réalise que par moments, le corps et l'esprit ont juste besoin d'une pause sans raison évidente. Je suis rentrée avec moins de fierté, mais avec une confiance plus calme. Avec mon compagnon, sans enfants, j'en parle désormais sans dramatiser, et ça change tout dans ma tête. Quand je repense au Pont Valentré, à Cahors, je ne vois plus une sortie ratée, juste un détour qui m'a appris la retenue.

Juliette Lalande

Juliette Lalande publie sur le magazine Les Cadichons des contenus consacrés aux escapades nature, à la randonnée avec âne et à la préparation de séjours au calme. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux organiser leur expérience.

LIRE SA BIOGRAPHIE

Articles en relation