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Cette traversée du lot fin août où j’ai compris la valeur d’un âne entraîné

mai 14, 2026

Traversée du Lot, fin août, et le cuir du bât me brûlait presque la paume quand Gustave a secoué la tête sur le caillou blanc du causse. Depuis ma banlieue de Bordeaux, je suis partie quatre jours dans le Lot pour suivre ce rythme lent près de Saint-Cirq-Lapopie. Le premier contact avec l'âne sur les longues portions caillouteuses m'a coupée net. J'ai compris, d'un coup, que la charge et le portage allaient compter autant que le sentier.

Je partais sans trop savoir à quoi m'attendre, entre boulot, budget et deux sacs de trop

En tant que Rédactrice indépendante spécialisée pour magazine touristique, j'ai besoin de terrains qui parlent vite. Après 9 ans, je sais que les beaux récits tombent dès que le bât tourne. Je garde un budget sous 200 euros par mois pour ces échappées. On vit à deux, mon compagnon et moi, sans enfants, alors j'ai choisi la location plutôt qu'un achat.

Ma Licence en tourisme et gestion des loisirs (Université Bordeaux, 2014) m'a appris à lire un itinéraire avant de rêver au paysage. Les repères de la Fédération Française de Randonnée Pédestre (FFRandonnée) m'ont aidée à rester simple sur le choix des étapes. Je voulais une immersion nette, pas une promenade décorative. Gustave devait porter une partie des sacs, de l'eau et du pique-nique, autour de 15 kilos, sur les chemins blancs du causse.

Je pensais qu'un âne entraîné marcherait presque tout seul. J'avais feuilleté deux fiches et parcouru un forum la veille du départ, sans m'arrêter sur les détails. J'étais sûre de moi, un peu trop. J'ai été convaincue que la distance serait le seul vrai sujet.

Le jour où j'ai compris que ça ne marchait pas comme prévu

Je suis partie à 8 h 42, alors que le soleil cognait déjà sur les dalles claires. Le bât avait été posé trop vite, juste après le café, et la charge n'était pas bien centrée. Au bout de 12 minutes, je voyais déjà le sac de droite tirer plus bas. Gustave avançait encore, mais son dos se contractait à chaque caillou.

Le bâton frottait sous le bât, et son poil se mettait à contre-sens avant même que je voie la moindre plaie. J'ai été frappée par la vitesse à laquelle son corps me parlait, avec une zone chaude sous la sangle. Son souffle est devenu court dans les montées sèches, puis il a levé la tête et secoué l'encolure. À chaque arrêt, les mouches et les taons l'ont rendu nerveux, et il tapait du pied.

Au cinquième kilomètre, il s'est arrêté net devant une dalle brillante. J'ai hésité à tirer sur la longe, parce que ses oreilles étaient déjà figées. Je me suis retrouvée seule avec ma propre impatience, au milieu du sentier. Ce refus très net m'a fait comprendre que je ne tenais rien du tout.

Nous avons gagné l'ombre d'un muret en pierre sèche, et j'ai défait le bât avec des doigts un peu raides. Sous une sangle, il y avait une zone rouge, humide, et l'odeur de sueur montait fort quand j'ai ôté le matériel. Son crottin était plus mou que d'habitude, et ma gourde était déjà trop légère. J'avais oublié l'eau de secours sur la portion suivante, et j'ai passé dix minutes à regarder le chemin comme s'il allait nous répondre.

Comment j'ai appris à mieux l'écouter, sac après sac

Le lendemain, j'ai changé la charge en gardant les objets lourds bas et bien équilibrés dans le bât. J'ai aussi déplacé le bâton, qui ne frottait plus du même côté. Après ça, Gustave a marché plus droit, sans ce petit déhanchement qui m'avait agacée la veille. Je vérifiais les sangles à chaque pause, et le dos restait sec plus longtemps.

J'ai commencé à faire de vraies micro-pauses, même quand la montée paraissait courte. Dès que ses oreilles pivotaient ou que son souffle se raccourcissait, je m'arrêtais à l'ombre. par moments, deux minutes suffisaient pour qu'il reparte d'un pas net. J'ai compris que le rythme tranquille tenait à ces arrêts minuscules, pas à la distance affichée.

Un matin, au milieu d'un passage caillouteux, il s'est arrêté de lui-même. J'ai patienté, puis j'ai desserré le bât et déplacé un sac de côté. Il est reparti calmement, presque comme si rien ne s'était passé. Là, j'ai été convaincue qu'il n'était pas un simple porteur, mais un partenaire qui choisit son pas, et je me suis sentie plus juste dans ma façon d'avancer.

Avec le recul, ce que je sais maintenant et que j'ignorais au départ

Mon travail de Rédactrice indépendante spécialisée pour magazine touristique m'a appris que le terrain oublie rarement les erreurs de chargement. Un repère de l'Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine sur les départs matinaux m'avait servi de base. Sur cette traversée, l'âne entraîné a fait la différence dans les parties caillouteuses. Il gardait une allure régulière quand je commençais à souffler.

Je ne referais pas le départ à 8 h 42, ni le sac posé à la va-vite. Je ne laisserais plus une sangle partir en frottement sans m'arrêter tout de suite. Je ne sous-estimerais plus non plus la chaleur sur les chemins blancs, ni l'absence de source dans les portions longues.

Je pense que cette traversée convient à quelqu'un qui accepte de partir tôt, de marcher lentement et de regarder l'animal autant que le paysage. Avec mon compagnon, sans enfants, j'ai aimé cette place laissée au calme, et on vit à deux, mon compagnon et moi, sans enfants, je l'ai encore mieux senti au retour. Pour des marcheurs pressés, le portage à pied m'aurait paru plus simple. Là, l'âne a imposé un autre tempo, plus franc.

Quand je repense au clac régulier des sabots sur le calcaire, je revois aussi les pauses, le silence et le dos de Gustave qui se détendait après l'ombre. Un âne entraîné portait la charge sans me laisser mentir sur le poids, et il réglait la cadence du sentier. Je suis rentrée à Bordeaux avec une sensation nette, sur les causses du Lot, près de Cahors. À Saint-Cirq-Lapopie, je me suis dit que j'y retournerais, mais seulement avec la même patience et le même chargement léger.

Juliette Lalande

Juliette Lalande publie sur le magazine Les Cadichons des contenus consacrés aux escapades nature, à la randonnée avec âne et à la préparation de séjours au calme. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux organiser leur expérience.

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