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J’aurais dû prévoir des sur-chaussettes : ampoules dès le deuxième jour de marche

août 20, 2026

Mes sur-chaussettes trempées collaient au fond du sac quand j’ai posé le pied hors de la tente, au bivouac du Pré du Loup, avec des talons blancs et mous. Je suis partie, chez moi c’est la vie à deux, sans enfant sur une étape sous la pluie, en croyant que le refuge du Pinet m’attendait sans drame. J’avais déjà 20 euros de pansements et de strap en tête avant même d’avoir quitté le plateau. Le sac sentait la laine froide et la toile mouillée. La peau me semblait prête à se fendre au premier frottement.

Le jour où j’ai compris que garder mes chaussettes mouillées était une erreur

J’ai laissé partir le sac trop vite. La randonnée devait durer 4 jours, avec une météo changeante, 18 km au programme le premier jour et un dénivelé qui m’avait déjà rendue prudente sur le papier. J’avais choisi l’équipement la veille, à la lumière jaune de la cuisine, sans vérifier la paire sèche. La carte était pliée, le ciel bas, et le sentier montait déjà dans une boue fine. Les sur-chaussettes n’étaient pas dans le sac. Je croyais gagner du poids. J’ai surtout gagné des ennuis.

Après une matinée de pluie, j’ai gardé mes chaussettes techniques trempées dans les chaussures. Je n’ai même pas cherché à les faire sécher contre le sac ou sur la corde du refuge. J’ai juste remis les lacets, convaincue que la marche finirait par chauffer le tout. Mauvais calcul. La chaussette était déjà brillante et humide à l’intérieur, et le tissu collait au talon quand je pliais le pied. J’avais aussi glissé un vieux coton fin dans le sac, parce que je voulais un plan B, et ce coton a gardé l’eau comme une éponge. Je voulais croire que la chaleur de la marche ferait le reste, comme un vieux réflexe de débutante.

Au réveil, la peau de mes talons était blanche, molle, presque fripée. Le talon n’avait pas encore la bulle, mais j’avais ce point brûlant rouge qu’on sent avant même de le voir, le fameux hot spot au même endroit, pile là où le frottement revient. Sous la pulpe du talon, la zone devenait lisse, presque translucide, et je sentais déjà la fragilité. Ce que j’ai fini par comprendre, c’est que la macération n’en a rien à faire de ma bonne volonté. La peau se fragilise, puis elle cède plus vite. Je me suis sentie très bête devant mes chaussettes encore tièdes.

J’ai quand même voulu repartir. Au premier pas, la douleur a tapé net sous le talon, puis à l’avant-pied quand la pente a repris. Le petit bruit de frottement dans la chaussure m’a accompagnée pendant 12 minutes, comme un cliquetis sec que je n’arrivais plus à ignorer. Je me suis retrouvée à marcher raide, puis à compter les pas entre deux arrêts. Au troisième arrêt, j’ai compris que la journée ne serait pas normale. En plus, j’avais serré les lacets d’un cran de trop, ce qui a écrasé l’avant-pied dans la descente.

Je suis restée plantée trois secondes avant de reprendre, puis la douleur est revenue au même endroit. La pente semblait courte sur la carte, mais elle a mangé le peu de souplesse qu’il me restait. Je me suis dit que je tiendrais bien jusqu’au prochain replat, et je n’ai tenu qu’au prochain virage.

Ce que mes ampoules m’ont coûté au deuxième jour

La bulle est apparue au deuxième jour, après 18 kilomètres, juste au bord des talons. Elle n’était pas énorme, mais elle tirait à chaque contact, et la peau autour restait pâle comme si elle n’avait plus envie d’encaisser. Quand j’ai retiré la chaussette au bivouac du deuxième soir, la transparence de la bulle m’a fait grimacer. J’avais l’impression d’avoir perdu une bataille contre une chose minuscule. Pas glorieux. Au bout de la descente, chaque pas cognait comme une petite gifle.

Je me suis retrouvée à acheter des pansements hydrocolloïdes et du strap dans une petite boutique du village, puis à payer 7 euros ici, 4 euros là, et encore 3 euros pour finir les deux talons. J’ai collé deux Compeed sur le talon droit et un autre sur le gauche, puis j’ai rajouté du strap sur les bords qui chauffaient. Le vendeur a posé les boîtes sans commentaire. Moi, j’avais juste envie de repartir me coucher. Chaque pause me coûtait 9 minutes que prévu, par moments 14 quand il fallait refaire le pansement. À ce rythme, le déjeuner s’est transformé en demi-journée. Je les ai gardés dans la poche extérieure parce que j’étais trop agacée pour fouiller mon sac.

La douleur a fini par me plomber plus que les ampoules elles-mêmes. J’avais mal dès que la chaussure prenait de la pente, et je levais le pied comme si je marchais sur un sol brûlant. Mon humeur s’est rapetissée d’un coup. Je n’avais plus d’envie pour les paysages, et ça, pour moi, c’était le vrai gâchis. J’ai détesté cette sensation de handicap pour une erreur toute simple. Le paysage passait au second plan, et ça m’a vexée encore plus que la douleur.

Le pire, c’était la peau. Dès que je l’enlevais, la chaussette accrochait une zone molle, puis ça tirait d’un coup, presque avec un petit bruit de velcro mou. Je ne sais pas comment dire autrement. La chaussure grinçait légèrement en descente, le talon glissait, et j’avais déjà perdu la bataille avant d’avoir posé le pied. C’est là que j’ai compris que le problème n’était pas seulement la douleur, mais la répétition du frottement. Le bruit venait du talon qui frottait, sec, précis, sans aucune pitié.

Ce que j’aurais dû faire pour éviter la macération nocturne

J’ai appris une chose très terre à terre : la nuit ne répare pas un pied trempé si la chaussure reste humide. J’ai été convaincue de ça au bivouac, quand la paire posée près de la toile n’avait pas séché d’un centimètre. J’aurais voulu avoir des sur-chaussettes sèches dans le sac, pas une promesse vague de linge qui sèche tout seul. C’est là que j’ai vu la différence entre une étape passée au sec et une étape subie. Je l’ai vu aussi sur d’autres marcheuses, et je l’ai laissé m’arriver quand même.

J’aurais dû étendre les chaussettes, en changer dès le soir, et les laisser hors de la chaussure. J’aurais dû les poser sur une ficelle, près d’un petit radiateur du refuge, ou au moins les faire respirer loin du fond du sac. Le tissu humide, surtout quand il garde la chaleur du pied, ramollit la peau et transforme la couture la plus banale en râpe. Ce sont des gestes bêtes, mais je les ai ratés. Le soir, quand le sac d’humidité reste fermé, la chaussette garde exactement la mauvaise chaleur.

Le signal que j’ai ignoré, c’était cette peau blanchie au réveil, puis les petits points chauds au talon et côté du gros orteil. À ce stade, le hot spot n’est pas un mot chic, c’est un point rouge brûlant avant le décollement de la peau. Quand j’ai attendu, la zone a gonflé et le bord de la chaussette s’est mis à gratter pile sur l’orteil. Le moindre relief, une couture ou un bord mal placé, devient un point d’attaque. Je ne sais pas si c’est généralisable, mais chez moi le délai a été très court.

Pour une blessure qui s’ouvre, qui suinte ou qui ne laisse plus marcher normalement, je laisse ça à un professionnel de santé, sans jouer les malines. Là, franchement, je n’avais ni le recul ni le bon réflexe, et j’ai laissé traîner des talons qui auraient dû être protégés avant de devenir une vraie plaie. Je n’avais pas envie d’improviser un avis médical au milieu d’un sentier. Et ça m’a servi de leçon à mes dépens.

Ce que je fais aujourd’hui et ce que j’aurais aimé savoir avant de partir

Aujourd’hui, dans notre foyer à deux, je glisse toujours des sur-chaussettes sèches dans le sac, déjà testées sur une journée complète. Je pars avec mon compagnon, sans autres bouches à nourrir, donc je n’ai aucune excuse pour faire l’impasse sur une paire de secours. Cette double couche a calmé les frottements quand la chaussure était bien choisie. Le sac a l’air plus simple, mais je sais que le vrai gain est ailleurs. Je suis devenue plus méfiante, oui, mais à force d’avoir mal au talon, j’ai fini par apprécier le confort très simple d’un pied qui glisse moins.

J’ai aussi arrêté de tricher avec la pointure. Quand la chaussure serre, le pied gonfle en descente et l’avant-pied s’écrase, puis la couture de chaussette prend tout. Je laisse désormais sécher chaque paire à plat, loin du fond humide du sac, et je garde le kit anti-ampoules à portée, avec hydrocolloïdes et strap. Rien de spectaculaire, juste des gestes moins idiots que ceux que j’ai faits ce jour-là. Je n’ai pas cherché le miracle, juste moins de frottement et moins de peau blanche au réveil.

Je regrette d’avoir sous-estimé la pluie, d’avoir ignoré le point chaud du talon, et d’avoir voulu sauver du temps en gardant une chaussette humide. J’ai perdu du sommeil, de l’énergie, et cette légèreté qui fait tout le charme d’une marche lente. Je suis rentrée du refuge du Pinet avec des talons encore sensibles et l’impression d’avoir payé trop cher une erreur simple. 20 euros, deux jours de marche fichus de travers, et un souvenir qui pique encore quand le temps se gâte.

Pour quelqu’un qui accepte de marcher lentement, de faire une vraie pause bien méritée le soir et de regarder son matériel sans se raconter d’histoires, la double couche a du sens. Moi, j’aurais voulu savoir plus tôt que la macération nocturne ne pardonne pas et que le deuxième jour peut casser une belle étape. Si j’avais vu la peau blanchir au premier réveil, je n’aurais pas laissé le reste suivre. La suite m’a coûté 20 euros et une bonne dose de mauvaise humeur, pour un nom de lieu qu’on retient mieux que le paysage du matin.

Juliette Lalande

Juliette Lalande publie sur le magazine Les Cadichons des contenus consacrés aux escapades nature, à la randonnée avec âne et à la préparation de séjours au calme. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux organiser leur expérience.

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