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Ce jour où j’ai zappé la pause de midi et fini avec Gustave épuisé

juin 6, 2026

La ration d’avoine est restée fermée dans la sacoche de Gustave, sur le sentier de Saint-Cirq-Lapopie, et ce choix m’a coûté un jour de repos forcé au gîte Le Châtaignier. Depuis ma maison en banlieue de Bordeaux, je suis partie vers le Lot pour couvrir une boucle de randonnée avec Gustave, bât chargé, chaleur douce et un âne déjà fatigué. En tant que rédactrice indépendante spécialisée pour un magazine touristique, j’ai cru gagner du temps en zappant la pause de midi pour Gustave. J’ai surtout perdu une journée entière, avec l’impression d’avoir tout fait à contretemps.

J’ai cru que Gustave pouvait tenir sans pâturer, ça a été la première erreur

Depuis ma maison en banlieue de Bordeaux, nous sommes partis tôt, le bât de Gustave chargé léger, pour marcher avant la grosse chaleur. La matinée avançait bien, avec des montées courtes, un ciel clair et ce rythme tranquille que j’aime en terrain rural. Mon travail de rédactrice indépendante spécialisée pour un magazine touristique m’a appris à lire les détails d’une sortie, et ce jour-là tout semblait encore propre. J’étais restée persuadée que deux heures de marche passeraient sans halte au foin. J’ai pourtant fait partir Gustave avec une réserve bien trop légère.

À midi, j’ai choisi de laisser Gustave juste boire un seau d’eau plutôt qu’un vrai temps de pâture. J’ai été convaincue que ça tiendrait jusqu’au soir, parce que le matin il avait déjà grignoté un peu de luzerne avant le départ. Avec mon compagnon, sans enfants, je pensais par moments que mon âne suivait la même logique que mon agenda, vite et sans pause. Mauvaise idée.

Les premiers signaux sont venus sans faire de bruit. J’ai vu Gustave transpirer plus vite que d’habitude au passage de sangle, le souffle court alors qu’il n’avait pas forcé d’un coup, puis ses oreilles qui retombaient sur le côté. Il a buté trois fois sur de petites pierres au-dessus du gué de la Vayssière, et il a refusé de boire à la première fontaine. À ce moment-là, je me suis dit que c’était juste un passage à vide, pas un vrai problème.

Vers 14 h, le coup de barre brutal qui a cloué Gustave sur place

Vers 14 heures, la bascule a été nette. J’ai senti Gustave ne plus avancer pareil sur un faux plat, alors qu’il restait à peine 2 kilomètres. Ses postérieurs semblaient lourds sur une pente qu’il connaissait pourtant bien, sans boiterie franche, juste cette impression d’avancer dans du coton. J’ai été frappée par le contraste entre le calme du sentier et la panique dans ma tête.

Je l’ai arrêté contre un tronc, puis Gustave s’est laissé glisser à l’ombre du gîte Le Châtaignier, incapable d’avancer plus. Il avait l’air vidé, l’encolure basse et le regard éteint, comme si le moindre bruit passait à travers un coton épais. Le retrait du bât, la sangle ouverte, tout lui a paru lourd pour rien. À partir de là, j’ai compris que je n’étais plus en état de jouer les malignes.

J’ai perdu une journée de repos forcé et plus que ça, parce que j’avais compté sur un seau d’eau au lieu d’une vraie pâture pour Gustave. Le soir, j’ai dû acheter un sac de granulés, une botte de foin et un complément minéral chez le revendeur de Cabrerets, et la note a encore alourdi la sortie. Le vrai prix, c’était surtout la frustration de voir la balade se terminer dans la poussière alors que la boucle n’avait rien d’exigeant. Le bilan était simple: j’avais économisé une pause et perdu l’important de ma journée.

J’ai traîné trop longtemps avant d’arrêter Gustave vraiment, parce que j’ai cru que c’était la chaleur qui le plombait, alors qu’en fait son corps criait famine. J’avais eu cette impression trompeuse qu’il pouvait tenir encore cinq minutes, puis encore cinq, et chaque minute ajoutait une couche de fatigue. Avec le recul, c’est là que j’ai perdu le plus de temps, pas au moment où je l’ai laissé sans foin. L’erreur, ce n’était pas de marcher, c’était d’avoir voulu grignoter le signal qu’il m’envoyait.

Ce que j’aurais dû faire et ce que je sais maintenant

En tant que rédactrice indépendante spécialisée pour un magazine touristique, j’ai fini par regarder la pause de midi comme un morceau de terrain à part entière pour Gustave. Ma licence en tourisme et gestion des loisirs (université de Bordeaux, 2014) m’a appris à découper une journée en séquences, pas seulement en kilomètres. Depuis mes années de freelance, je vois bien que vingt-cinq minutes à l’ombre changent la fin d’après-midi plus qu’un seau d’eau bu vite. Avec une vraie pause, le foin, la luzerne et le grain ont cessé de me sembler luxueux. Cette lecture plus précise de la journée de Gustave m’a aussi aidée à mieux anticiper ses coups de mou.

J’ai relu les repères de la Fédération Française de Randonnée Pédestre (FFRandonnée), et j’y ai retrouvé ce que j’avais ignoré ce jour-là, le duo eau et fourrage simple. Ce n’est pas la faim seule qui a arrêté Gustave, mais ce flottement brutal que je n’avais jamais vu chez lui avant. La transpiration excessive et le refus de boire ne sont pas des caprices de fin de sortie, chez lui ils ont précédé la panne nette. J’ai aussi compris que cinq heures d’activité sans pâture, pour son rythme à lui, suffisaient à le faire décrocher.

Je garde aussi une limite très nette sur ce sujet, parce que la fatigue qui dure ne se résume pas à un déjeuner raté. Si ces signes reviennent chez Gustave, je ne joue pas à la spécialiste, j’appelle le vétérinaire, et je laisse le reste de côté. Les repères de l’Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine m’avaient déjà donné une idée simple des haltes possibles, mais ce jour-là je n’avais rien appliqué. L’eau, le calme, un vrai temps de pâture, c’était presque dérisoire sur le moment.

Aujourd’hui, je ne pars plus sans la pause de midi de Gustave et ça change tout

La sortie suivante, sur la boucle de Saint-Jean-de-Côle, a pris un autre visage. J’avais glissé une portion de granulés, une petite ration de luzerne et un seau pliable dans la sacoche haute, sans attendre que Gustave soit au bout du rouleau. On vit à deux, mon compagnon et moi, et cette fois-là j’ai mieux vu ce que la cadence du matin coûtait à Gustave quand je zappais le milieu de journée. Le contraste m’a paru simple et presque brutal. Je n’avais plus besoin de pousser pour comprendre.

Cette pause de vingt-cinq minutes, Gustave en train de pâturer à l’ombre, avait changé l’après-midi plus que le décor. Je n’ai pas cherché un mélange compliqué, juste un peu de foin et de l’eau fraîche, et Gustave a gardé son allure claire jusqu’au dernier village. Cette fois-là, il n’a pas buté trois fois ni refusé la fontaine. Le chemin était le même, mais sa fatigue ne l’avait pas avalé.

Depuis mes années comme rédactrice indépendante spécialisée pour un magazine touristique, je sais que le détail banal décide d’une journée entière. Avec mon compagnon, j’ai aussi vu que nos sorties du week-end avec Gustave supportaient mieux un arrêt franc qu’une succession de petites haltes prises debout. Là, je ne parle pas d’une théorie, juste de ce que j’ai raté en voulant aller trop vite. Je suis rentrée au gîte avec un âne épuisé, et la lumière de fin d’après-midi m’a paru très longue. Le souvenir de cette marche reste, lui, parfaitement net.

Ce jour-là, entre le sentier et le gîte Le Châtaignier, j’ai surtout appris ce que j’aurais voulu savoir avant: un seau d’eau ne remplace pas une vraie pâture, et le corps de l’âne finit par le rappeler avec une lourdeur bête. Si j’avais pris vingt-cinq minutes à l’ombre, avec de l’eau et une ration de foin, je n’aurais pas dû acheter en urgence un complément ni gâché l’élan de la journée. Pour quelqu’un qui accepte de ralentir d’un quart d’heure, la pause de midi paraît minime, mais dans mon cas elle a évité bien pire à Gustave. J’aurais voulu le comprendre avant de finir avec un âne cloué sur place.

Juliette Lalande

Juliette Lalande publie sur le magazine Les Cadichons des contenus consacrés aux escapades nature, à la randonnée avec âne et à la préparation de séjours au calme. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux organiser leur expérience.

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