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Avoir sous-estimé la chaleur du Lot en août a transformé l’étape en épreuve : ce que j’aurais aimé savoir

juillet 11, 2026

À 11 h, près de Saint-Cirq-Lapopie, mes jambes ont vacillé sur le calcaire, et le muret m’a rendu une chaleur sèche sous la paume.

Gustave, mon âne grand noir du Berry, peinait lui aussi sous le soleil, et je guettais le moindre coin d’ombre pour lui.

Depuis ma banlieue de Bordeaux, je suis partie quatre jours dans le Lot pour une randonnée-camping avec mon compagnon, sans enfants, et j’ai cru qu’une étape facile passerait. J’ai été frappée par le soleil direct, j’ai perdu 3 heures, et ma gorge m’a tirée comme si j’avais avalé de la poussière chaude.

Le jour où j’ai réalisé que la chaleur allait tout gâcher

On vit à deux, mon compagnon et moi, et je pensais tenir sans forcer. Les emplacements bien ombragés sous des arbres denses, sur le camping, étaient déjà pris. En tant que rédactrice spécialisée en randonnée nature et tourisme rural, j’ai assez de terrain derrière moi pour sentir un bon itinéraire. Là, j’ai surtout senti une erreur de lecture. Mon métier m’a appris à regarder le relief, pas à ignorer 35 °C annoncés dans l’air sec du Lot.

Je suis partie à 9 h 10, persuadée que la matinée me laisserait une marge. J’avais choisi une boucle exposée, avec peu d’ombre, des cailloux clairs et des murets qui renvoyaient la lumière. Je m’étais fiée à mon habitude des départs matinaux et aux repères de l’Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine, puis je les avais oubliés trop vite. Partir en randonnée au milieu de la journée m’a complètement vidée, et j’ai vu ça arriver avant même d’être au milieu du tracé.

À 10 h 40, ma gourde était déjà tiède dans le sac. J’ai été convaincue que ça passerait vite, puis la gorge s’est asséchée d’un coup. La poussière chaude sur le chemin renvoyait la lumière, et j’ai commencé à m’arrêter tous les 300 mètres. Je me suis retrouvée à marcher sans tonicité, l’esprit cotonneux et des jambes qui perdaient leur ressort.

À 11 h, mes jambes se sont dérobées près d’un muret brûlant. J’ai posé la main dessus et j’ai compris que la chaleur n’était pas retombée. Je me suis sentie idiote, parce que le programme tenait encore sur le papier, mais plus dans mon corps. J’étais sûre de moi au départ, puis je me suis retrouvée à chercher une ombre maigre au bord du chemin.

Ce que j’ai payé cher en temps, énergie et organisation

Mon compagnon et moi avons coupé l’étape beaucoup plus tôt que prévu. Au lieu de la boucle entière, on a filé vers le premier coin frais, puis vers une halle où l’air circulait à peine mieux. J’ai perdu 3 heures sur la journée, et le moral a suivi la même pente que mes jambes. Depuis 9 ans de travail rédactionnel, je sais reconnaître une journée qui glisse, mais celle-là m’a échappé plus vite que les autres.

J’ai laissé 15 euros dans une supérette de Cahors pour de l’eau supplémentaire. J’avais sous-estimé le manque entre deux ravitaillements, et les bouteilles ont disparu bien avant le prochain village. Le repas du soir a aussi été rabougri, parce que je n’avais plus l’énergie de faire compliqué. J’ai fini par payer une chambre plus chère que la tente, juste pour éviter une toile étouffante.

La nuit a été la pire surprise. À minuit, mon thermomètre de poche marquait encore 30 °C dans la tente. La paroi intérieure restait chaude au toucher longtemps après le coucher du soleil, et les draps demeuraient moites malgré l’air laissé entrer. Je me suis retournée sans cesse, avec cette impression d’air immobile qui colle à la peau et qui ne laisse aucun repos.

Ce qui m’a achevée, c’est la pierre. Je croyais qu’un hébergement ancien allait rendre la fraîcheur presque tout de suite. En réalité, les murs et le sol avaient gardé le soleil pour plus tard. Après 21 h, le siège sur lequel je me suis assise restait brûlant, et je ne comprenais pas pourquoi le corps refusait encore de redescendre.

Ce que j’aurais dû faire pour éviter ce piège classique

J’aurais dû lever le camp avant 7 h 30. À cette heure-là, l’air tenait encore, et la marche restait respirable sur les portions ouvertes. J’ai repensé ensuite à mon expérience du sentier et aux repères de l’Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine, et j’ai compris que je m’étais battue contre le mauvais moment de la journée. Le Lot en août pardonne mal les départs traînants.

J’aurais dû choisir un tracé plus ombragé, ou au moins une pause près de la rivière. Sur les causses, l’air sec et brûlant m’a vidé bien plus vite que je ne l’imaginais, et la gorge s’est desséchée sans prévenir. Une vraie circulation d’air sous les arbres m’aurait fait tenir autrement qu’un simple coin gris entre deux rochers. Je l’ai compris en traversant une portion sans souffle, où chaque pas pesait double.

J’aurais aussi dû prendre un hébergement en pierre épaisse, ou au moins une chambre troglodyte, plutôt qu’une toile exposée. La fraîcheur y arrive plus lentement, mais elle tient mieux qu’un abri léger au soleil. Quand la tente avait déjà chauffé dès le matin et que l’air ne sortait plus, j’ai compris la différence entre une nuit supportable et une nuit qui tourne au supplice. J’avais même tenté une sieste de 18 minutes sans ventilation, en plein après-midi, et je suis ressortie plus lourde qu’en entrant.

Les signaux que j’aurais dû lire étaient pourtant très nets :

  • une gourde devenue tiède dans le sac
  • une gorge sèche dès la première montée sur les causses
  • des jambes molles et des arrêts en plus fréquents
  • une tente ou un véhicule où l’air ne bouge plus

Ce que je retiens de cette épreuve pour mes prochaines étapes

Le Lot en août n’est pas un détail de décor. C’est un facteur qui peut ruiner une journée entière, surtout quand on veut marcher à rythme tranquille. On vit à deux, mon compagnon et moi, et j’ai vu à quel point une chaleur sèche peut casser le moral autant que l’effort. Sur le causse de Gramat, j’ai fini par comprendre que le soleil décide du tempo bien avant le sentier.

J’ai fini par partir beaucoup plus tôt sur les étapes suivantes, avec un rythme plus court et des pauses plus fréquentes. J’ai aussi cessé de croire qu’un hébergement ancien suffisait à garder la fraîcheur. Quand je repense à ces journées, je vois surtout la différence entre une matinée serrée avant midi et une après-midi qui s’écrase. Le résultat a été net sur la fatigue, même si le confort restait fragile dès que l’air ne circulait pas.

La limite, je la connais maintenant, et je ne la discute plus. Quand le corps ne suit vraiment plus, j’aurais préféré m’arrêter et me mettre au frais plutôt que d’insister par orgueil. Je ne sais pas où aurait fini la journée si j’avais poussé encore une heure. Là, franchement, je ne veux pas le savoir.

Je n’oublierai jamais ce moment où, posant la main sur le muret brûlant, j’ai senti la chaleur me narguer alors que je pensais être protégée par la campagne. Ces 3 heures perdues sur le papier m’ont coûté bien plus en énergie, en sommeil et en assurance. Je suis rentrée avec une seule certitude, et elle n’avait rien d’élégant : j’aurais aimé savoir plus tôt que le Lot en août ne se laisse pas amadouer par une simple envie de marcher.

Juliette Lalande

Juliette Lalande publie sur le magazine Les Cadichons des contenus consacrés aux escapades nature, à la randonnée avec âne et à la préparation de séjours au calme. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux organiser leur expérience.

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