À Figeac, la poussière froide collait déjà à mes lacets quand j'ai lancé l'étape Figeac-Brengues au lever du jour. Depuis ma banlieue de Bordeaux, je suis partie deux fois vers le Lot pour comparer ce tronçon sur 15 kilomètres, d'abord seule puis avec Gustave, mon âne. En tant que rédactrice spécialisée en randonnée nature et tourisme rural, j'ai noté mes temps, mes pauses et mes écarts de cadence dans un protocole simple : même tronçon, même heure de départ, même sac. On vit à deux, mon compagnon et moi, sans enfants, et je mesure vite ce qu'un rythme cassé change dans une journée calme.
Le premier départ à pied seul, entre fraîcheur matinale et rythme régulier
Je suis partie avant 7 heures, quand Figeac restait encore grise, les volets fermés, et qu'une fraîcheur nette collait aux murs. Les premiers kilomètres étaient peu techniques, et j'ai été convaincue par cette lumière basse qui rendait le chemin très lisible. Je gardais le même sac chargé qu'une journée classique, avec l'eau, la veste légère et le carnet dans la poche latérale. L'air restait frais, je n'entendais que mes semelles, et le silence m'a surprise dès la sortie du bourg, sur le GR65.
Depuis ma longue habitude des sentiers, j'ai pris l'habitude de noter ce genre de détail sans arrondir. Ma montre a affiché 3,5 km/h de moyenne sur les 10 premiers kilomètres. Sur les portions de sentier, mes pas restaient souples, puis le goudron m'a rendu les pieds durs et les épaules ont tiré. J'entendais les bâtons taper sec sur le calcaire, puis plus sourd sur les rares bandes plus souples.
J'avais 1,5 litre d'eau, et je l'ai bu par petites gorgées sans forcer, en gardant le bouchon toujours facile à ouvrir. J'ai fait 3 arrêts, calés à 5 minutes chacun, et je n'ai pas senti de rupture majeure dans la marche. C'est là que j'ai compris la différence entre une pause courte et un arrêt qui traîne, surtout quand le chemin reste plat. Avec ce format, je garde le pas plus fluide et je relance vite, sans casser l'élan du matin.
Sur la montée courte et raide du matin, mon souffle est monté vite, mais mes jambes ont tenu jusqu'en haut. Je me suis sentie en contrôle jusqu'à la fin, même quand mes mollets ont chauffé sur la pente sèche et blanche. Je n'ai pas noté de fatigue avant midi, et la journée a gardé une belle tenue sans me plomber. J'ai noté ce premier chrono comme une marche propre, avec un effort franc mais encore confortable.
Quelques jours plus tard avec gustave, la réalité d’un rythme bousculé
Quelques jours plus tard, je suis repartie à la même heure avec Gustave, mon âne, alors que l'air était déjà plus chaud. J'avais le même sac, la même envie de départ régulier, et déjà une autre vigilance dans les mains et les épaules. Après 7 ans à marcher avec un âne et plus de 800 kilomètres sur ce format, j'ai appris à regarder les oreilles et les appuis avant la distance. Je me suis retrouvée à marcher plus bas, presque au tempo qu'il acceptait, et je l'ai compris dès les premières minutes.
J'avais 2 litres dans le sac, dont 0,5 litre pour Gustave, et le poids s'est senti tout de suite dans le dos. J'ai compté 6 arrêts, pour boire, souffler ou attendre qu'il reparte sans tirer, et chacun coupait un peu l'élan. Au total, j'ai cumulé 50 minutes de pauses, et le rythme s'est cassé bien plus vite que seule, sans appel. Je me suis aperçue que chaque arrêt rallongeait le suivant, surtout quand je pensais repartir vite.
Ma moyenne est tombée à 2,5 km/h, et je l'ai vu tout de suite sur ma montre, sans discussion possible. Entre deux pauses, je repartais vite, puis je ralentissais dès que Gustave baissait la tête ou changeait d'appui. Le tempo devenait saccadé, et je perdais cette ligne régulière que j'avais trouvée seule sur le même tronçon. C'est là que j'ai compris combien les relances mangent la fin de matinée, surtout quand je pensais dérouler.
Le vrai basculement est venu sur la montée courte et raide où j'avais cru pouvoir accélérer, alors que le terrain restait sec. Gustave s'est arrêté au milieu, et j'ai dû attendre sans tirer sur la longe, ce qui a cassé ma concentration. Mon souffle s'est raccourci, mes mollets ont chauffé, et ma concentration est passée de la carte à ses appuis, très concrètement. J'ai été frappée par ce ralentissement imposé, parce qu'il changeait tout mon ordre de marche et mon idée du temps.
Plus loin, j'ai fait une erreur bête en restant trop longtemps sur une portion exposée, sans chercher d'ombre tout de suite. Le soleil montait, la pierre renvoyait sa chaleur, et l'air sentait la végétation sèche, presque poussiéreuse. Quand j'ai voulu repartir, Gustave traînait déjà un peu, et moi aussi, j'avoue, avec la même lourdeur. Ça m'a saoulée sur le moment, parce que j'avais perdu le fil de la marche et le bon tempo.
Ce que j’ai appris sur la gestion des pauses, de l’eau et de la chaleur en duo
Seule, je suis restée à 1,5 litre, et ça m'a suffi sur les 15 kilomètres, sans me sentir à sec. Avec Gustave, je suis montée à 2 litres dans le sac, et la différence de poids s'est sentie dès la première côte. Je garde aussi en tête les repères de l'Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine et mon habitude des sentiers, qui m'aident à lire une étape avant d'en parler.
J'ai fini par accepter des pauses courtes et régulières, au lieu d'attendre le moment de fatigue ou la montée trop raide. Avec 6 arrêts, j'ai vu qu'un départ trop ambitieux se payait ensuite en relances molles et en jambes moins franches. Le rythme devenait plus propre quand je laissais passer le temps nécessaire, puis seulement je repartais, sans brusquer Gustave. Pour tout point vétérinaire concernant Gustave, je renvoie à un vétérinaire spécialisé.
J'ai été frappée par la chaleur sur les sections sans ombre, surtout quand le goudron renvoyait encore plus de lumière. Le départ paraissait facile, puis le moral chutait d'un coup dès que le sol restait nu et la cadence cassait. La cadence cassait encore plus sur les tronçons de goudron, qui me coupaient les jambes dès qu'ils traînaient sous le soleil. Je ne sais pas si ce ressenti serait identique chez tout le monde, mais chez moi le plein soleil a pesé plus que la distance.
La poussière claire a blanchi mes chaussures et le bas de mon pantalon en fin de journée, jusque dans les coutures. J'ai aussi retrouvé cette odeur de pierre chaude mêlée à la végétation sèche, surtout sur les secteurs exposés et nus. Gustave reniflait plus longtemps à l'ombre, puis repartait mieux quand la terre restait un peu plus souple sous ses sabots.
Mon verdict après ces deux journées : pour qui et quand vaut-il mieux partir avec Gustave
Au chrono, j'ai mis 4h20 seule et 6h05 avec Gustave, sur le même tronçon et avec la même base de départ. La différence ne vient pas seulement des pauses, mais de la succession des ruptures de rythme, des redémarrages et des hésitations, sur un chemin pourtant bien marqué. J'ai noté ces chiffres le soir même, parce qu'une impression de fin de marche lisse vite ce genre d'écart. Après 9 ans comme rédactrice spécialisée en randonnée nature et tourisme rural, je me méfie des étapes qui paraissent simples sur la carte.
Je retiens deux limites : la fatigue arrive plus vite, et le bitume comme le manque d'ombre pèsent vite. Partir plus tard me ferait marcher déjà sous la chaleur avant midi, et je ne referais pas l'essai à la même heure. Avec mon compagnon, sans enfants, je peux caler ce genre de départ sans jongler avec d'autres horaires. Mon travail de rédactrice spécialisée en randonnée nature et tourisme rural m'a appris à suivre le rythme réel, et pour l'hydratation je laisse ça à un professionnel de santé.
Pour quelqu'un qui accepte de ralentir et de multiplier les pauses courtes, l'étape reste viable. Je la trouve moins confortable quand le sac dépasse ce que mes épaules supportent ou quand le goudron prend trop de place. Les portions de vallée restent jolies, mais je les regarde différemment avec Gustave, parce que le tempo change tout. Je suis rentrée avec l'idée nette que Figeac-Brengues garde son intérêt, mais qu'avec Gustave je dois partir plus tôt, alléger le sac et garder le calme.



