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La fois où l’orage nous a surpris sur le plateau au-dessus de Marcilhac, et ce silence qui m’a glacée

juin 18, 2026

Le vent a claqué contre le tarp, et l'odeur de pierre chaude m'a sauté au nez. Au-dessus de Marcilhac-sur-Célé, le ciel noircissait d'un côté du plateau. Les premières gouttes tachaient déjà la poussière, alors que je n'avais pas fini de tout ranger.

Gustave, mon âne grand noir du Berry, tirait sur sa longe, nerveux dès que le ciel a grondé.

Depuis ma banlieue de Bordeaux, je suis partie deux jours sur le causse pour couvrir cette escapade avec mon compagnon, sans enfants. Le silence qui a suivi m'a glacée, plus encore que l'éclair lui-même.

Je pensais connaître le plateau, mais j’ai sous-estimé bien des choses

En tant que rédactrice spécialisée en randonnée nature et tourisme rural, j'ai appris à ne pas surestimer un lieu juste parce qu'il paraît calme. Depuis 9 ans, j'écris 10 à 12 articles par an sur les séjours nature, et j'ai fini par repérer les faux signaux de sécurité. Nous vivons à deux, mon compagnon et moi, et notre budget supporte mal les dépenses inutiles. Je cherchais donc une sortie simple, sans matériel pro, avec un budget modeste et l'envie de tester sans me raconter d'histoires. C'est bien un retour d'expérience, pas un mode d'emploi.

J'avais choisi ce plateau parce que mes années à crapahuter sur les sentiers m’ont appris à lire un territoire avant d'y projeter mes envies. Je m'étais aussi fiée à mon expérience du sentier et aux infos de l'Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine sur les zones exposées. Tout paraissait simple sur la carte. Le ciel, ce midi-là, était encore clair, et j'étais sûre de moi.

J'ai pourtant fait trois erreurs avant même le premier grondement. J'ai monté le tarp trop haut, presque comme un toit d'été, et je me suis retrouvée avec une toile déjà tendue au moindre souffle. J'avais laissé le camp sur la ligne la plus exposée, avec des affaires posées dehors. Et j'ai fait confiance au sol caillouteux pour l'ancrage, alors que les sardines prenaient mal et tournaient déjà sous mes doigts.

Le moment où le silence est devenu une menace palpable

Vers 17h30, la lumière a changé d'un coup. Le vent est tombé, puis il est revenu en rafales courtes, presque sèches. Les oiseaux se sont tus, et j'ai levé la tête sans bouger. J'ai senti l'air se densifier autour de moi, comme si le plateau retenait son souffle.

Le silence était si lourd qu'on aurait pu entendre une pierre tomber, et il n'avait rien d'apaisant. J'ai été frappée par ce calme brutal, plus net que le bruit d'avant. Tout semblait suspendu, sauf mon ventre qui s'est serré. Je me suis sentie minuscule, au milieu de cette étendue nue.

Puis le ciel s'est ouvert d'un côté, avec un éclair si blanc qu'il a balayé l'horizon. Le tonnerre a suivi presque aussitôt, sec et proche, comme s'il tapait juste au-dessus de moi. Le tarp s'est mis à battre comme une voile, et le claquement sec des haubans m'a fait serrer les dents.

Gustave, lui, avait compris bien avant moi. Il s’était mis dos au vent, longe tendue, et il ne bronchait plus, sauf les oreilles qui pivotaient à chaque grondement. Je l’ai déplacé à l’écart du tarp, contre un muret de pierre sèche qui cassait un peu les rafales, et je lui ai retiré le bât pour qu’il ne tire pas dessus. Sentir mon âne calme à deux mètres m’a aidée à ne pas paniquer pendant que je me battais avec la toile.

J'ai compris là que je ne regardais plus un fond de ciel, mais une cellule déjà sur place.

Le front noir avançait vite. En moins de 10 minutes, le bleu avait disparu derrière une masse sombre, et les éclairs étaient déjà visibles très loin avant la pluie. Je n'avais plus de doute sur sa trajectoire. Le plateau offrait la vue, mais il ne protégeait rien.

La course contre la montre sous la pluie et le vent

J'ai plié comme j'ai pu, avec les mains qui glissaient sur la toile humide. La première goutte isolée a vite laissé place à une pluie qui s'est mise à tomber en rideau oblique, mouillant tout le côté exposé en quelques minutes. Les sardines tournaient dans le sol caillouteux, malgré mes deux tentatives pour les réenfoncer. Le bruit sur le tarp couvrait presque mes propres gestes.

J’avais les doigts gourds et une sardine m’a échappé deux fois dans la boue. J’ai fini par caler les coins du tarp avec trois grosses pierres ramassées au pied du muret, faute de mieux. Mon duvet, resté dans son sac étanche, a tenu au sec, mais le réchaud et la trousse posés dehors ont pris l’averse de plein fouet. La leçon m’a coûté une soirée à tout essuyer et une nuit passée à écouter Gustave souffler dans le noir, plus calme que moi.

Je me suis abaissée pour coincer les bords, et j'ai vu l'eau filer en nappe sur le terrain calcaire. Elle passait sous le tapis de sol au lieu de disparaître. J'avais cru le caillou drainant, mais l'eau s'accumulait déjà dans le creux du terrain. Cette eau froide m'a rappelé que le plateau ne boit pas la pluie aussi vite qu'on l'imagine.

À un moment, j'ai hésité à tout lâcher. La toile battait trop fort, et chaque hauban me répondait par un claquement sec. J'ai fini par baisser le tarp, raccourcir les haubans et renforcer les ancrages avant la nuit. J'ai aussi pensé à descendre un peu plus bas, ou à chercher un abri plus solide pour la prochaine fois.

C'est là que j'ai vu la limite du matériel amateur sur le causse. Sur un sol pierreux, la prise des piquets reste fragile, surtout quand les rafales arrivent par à-coups. Un tarp haut prend le vent comme un drapeau, et il se met à tirer sur tout le reste. Depuis, je préfère perdre un peu de vue et gagner une toile qui tient.

Ce que je sais maintenant, ce que j’aurais aimé savoir ce jour-là

Depuis mes années comme rédactrice spécialisée en randonnée nature et tourisme rural, je sais qu'un ciel peut changer de visage avant même le premier grondement. Avec cette sortie, j'ai aussi compris que le silence des oiseaux n'avait rien d'un détail. Le plateau prévient, puis il bascule très vite. Et le froid tombe d'un seul coup, même après une journée chaude.

Depuis, j'ai changé ma façon d'installer un camp sur une hauteur. Je regarde d'abord où l'eau peut filer, puis je descends un peu à l'écart de la ligne de crête, même si la vue est moins large. Je garde aussi le matériel sensible prêt à bouger, et je ne laisse rien dehors quand le ciel hésite. Quand j'ai refait une sortie de 3 km plus bas, la toile a beaucoup moins vibré.

Je ne sais pas si tous les plateaux réagissent pareil, et je n'ai pas la prétention de trancher pour tout le monde. Pour le volet météo précis, je croise toujours mes repères avec Météo France, l'Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine et mon habitude des sentiers. Et si une situation met en jeu une personne vulnérable, je laisse la place à un professionnel de santé, sans discuter. Pour moi, cette après-midi-là a surtout rendu Marcilhac-sur-Célé plus vivant, parce que je suis rentrée avec le bruit du tonnerre encore dans les oreilles. Pour quelqu'un qui accepte de replier vite et de dormir plus bas, le causse reste superbe.

Juliette Lalande

Juliette Lalande publie sur le magazine Les Cadichons des contenus consacrés aux escapades nature, à la randonnée avec âne et à la préparation de séjours au calme. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux organiser leur expérience.

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