Contact

Ne pas avoir prévu de rechange de licol m’a valu de bricoler avec une corde 4h en pleine forêt

juin 7, 2026

Le licol unique a claqué contre l'encolure de Gustave, juste après le chêne tordu de la piste des Faures. Sans rechange de licol, j'ai compris en une seconde que la balade allait dérailler. Depuis ma banlieue de Bordeaux, je suis partie trois heures en forêt de la Double pour une sortie annoncée comme courte, avec mon compagnon, sans enfants, et un sac trop léger. En tant que Rédactrice indépendante spécialisée pour magazine touristique, j'ai pourtant passé 9 ans à raconter des départs mal préparés. Ce jour-là, j'ai été convaincue que mon unique licol tiendrait. J'avais tort, et la forêt m'a pris 4 heures.

Le jour où j'ai compris que ça ne marchait pas

La sortie devait durer deux heures, pas plus. Je suis partie avec un licol qui avait déjà frotté sur trois randonnées, une longe roulée à la hâte et une gourde coincée dans le sac. La météo était douce, le ciel bas, et j'étais sûre de moi. J'avais lu la veille des notes de l'Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine sur les boucles calmes, puis j'ai zappé le seul point qui comptait vraiment.

La première alerte est venue d'un bruit sec, au milieu du sentier. Le mousqueton a lâché net, et le licol a glissé d'un coup. Gustave a levé la tête, moi j'ai retenu mon souffle, et tout s'est figé pendant deux secondes. Je me suis retrouvée seule au bord d'une clairière, avec du bois mouillé sous les bottes et cette idée très nette que je n'avais plus de marge. Là, je me suis sentie coincée pour de bon.

J'ai alors sorti une corde de secours, une vieille tresse beige qui me servait d'habitude à attacher le matériel. J'ai tenté de refaire un licol de fortune avec un nœud de cabestan derrière l'oreille, puis un nœud d'arrêt sur la muserolle improvisée. Le résultat tenait, mais ça tirait mal, et le cuir absent remplaçait mal la rondeur d'un vrai licol. Le plus pénible, c'était de chercher l'angle juste sans comprimer trop fort, tout en gardant l'animal calme. Mon travail de Rédactrice indépendante spécialisée pour magazine touristique m'a appris à lire un plan, pas à fabriquer un harnais au milieu des fougères.

À un moment, j'ai failli lâcher l'affaire. Le vent faisait bouger les feuilles sèches dans les branches basses, Gustave trépignait, et la sueur me collait aux paumes. J'avais les mains humides, la corde râpait mes doigts, et chaque mouvement semblait trop lent. Je me suis demandé si j'allais finir par le perdre dans le sous-bois. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

La facture de quatre heures perdues et les dégâts que je n’avais pas anticipés

Le temps a filé en morceaux. Deux heures prévues, puis une demi-heure à calmer l'âne, puis encore une heure à refaire les nœuds, puis un dernier quart d'heure à tenter un retour propre. Au total, j'ai laissé passer 4 heures pour une sortie qui devait rester simple. J'étais épuisée avant même d'avoir retrouvé le sentier principal. Et je n'avais plus rien du rythme tranquille que j'étais venue chercher.

La note a suivi derrière. J'ai payé 37 euros pour un nouveau licol acheté en urgence dans une petite sellerie sur la route, à quelques kilomètres du bourg. J'ai aussi remis 19 euros d'essence pour le détour et le retour au point de départ. Le licol cassé, lui, a fini au fond du coffre, inutile et bon pour la poubelle. Pour une balade annoncée à deux heures, l'addition avait un goût franchement amer.

Mes mains ont gardé deux petites brûlures de corde, rien de grave, mais assez pour me rappeler la scène pendant plusieurs jours. Gustave, lui, est resté nerveux bien après la panne. Je voyais bien qu'il n'avait pas apprécié mes gestes hésitants ni la tension mal répartie. C'est là que j'ai compris le vrai risque : si la corde avait glissé d'un cran j'aurais pu me retrouver avec une fuite ou une blessure plus sérieuse. J'ai été frappée par la fragilité de ce bricolage.

Le pire, c'est le décalage entre l'intention et le résultat. Je pensais sauver la balade. J'ai surtout perdu du temps, de l'argent et une bonne dose de calme. Et pendant que je rentrais Gustave vers la voiture, j'avais déjà la sensation d'avoir transformé une matinée claire en galère sèche.

Ce que j'aurais dû vérifier avant de partir et pourquoi c’est un piège classique

Je n'avais pas prévu de rechange parce que je me croyais au-dessus du risque banal. C'est le piège classique du matériel unique : il marche jusqu'au jour où il casse. En 9 ans de travail freelance, avec 12 articles par an pour Les Cadichons, j'ai passé mon temps à raconter des départs soi-disant simples qui tournent de travers pour une broutille. Ma Licence en tourisme et gestion des loisirs (Université Bordeaux, 2014) m'a appris à penser au terrain, pas à faire confiance à la chance.

Le signal que j'ai ignoré était là, visible, presque grossier. Le cuir du licol était lustré aux plis, la boucle montrait une trace de fatigue, et je n'avais rien glissé de solide dans le sac. Je l'avais remarqué sans le regarder vraiment. Les repères de la Fédération Française de Randonnée Pédestre (FFRandonnée) sur le matériel de secours m'étaient passés devant les yeux, mais j'avais préféré la facilité. J'étais partie avec l'idée qu'une courte boucle ne demandait pas plus.

– vérifier l'état du licol avant chaque sortie – toujours emporter un licol de rechange ou un moyen de remplacement fiable – s'assurer d'avoir les compétences minimales pour bricoler en urgence – anticiper le terrain et la durée de la sortie – ne jamais partir seule sans prévenir quelqu'un de son itinéraire

La source officielle qui m'a le plus remise à ma place, c'est aussi la FFRandonnée, lue plus tard avec un autre regard. Leurs repères sur la préparation d'itinéraire et le matériel de secours disent, en creux, la même chose que mon erreur du jour : une sortie courte peut basculer pour un détail. Je n'ai pas besoin d'en faire un grand discours. J'avais négligé une pièce minuscule, et la forêt de la Double m'a répondu avec quatre heures de retard.

Ce que je sais maintenant et que j’aurais voulu savoir avant de me lancer

Quand je prépare une sortie aujourd'hui, je regarde le sac comme si je partais plus loin que prévu. J'y mets un licol de secours, de la corde propre, et je prends trente secondes pour refaire mentalement le scénario du retour. Avec mon compagnon, sans enfants, je parle aussi de l'itinéraire avant de fermer la voiture, parce qu'un simple message peut éviter une vraie inquiétude. Je ne cherche pas le luxe, juste une marge. Cette marge-là m'a manqué d'un coup, au mauvais endroit.

Les alternatives au bricolage ne manquent pas, et je les trouve bien moins pénibles que ma corde râpeuse. Un licol de secours acheté avant la sortie, un petit kit de réparation, ou la présence d'un compagnon de marche m'auraient épargné le stress. À la sellerie, j'ai vu un modèle simple à 24 euros qui m'aurait évité l'achat d'urgence. Ça paraît banal sur le papier, mais sur le terrain, le banal sauve la sortie. J'ai fini par me dire que le confort venait surtout de ce qui restait dans le sac, pas de ce qui brillait sur la fiche produit.

Je garde aussi une limite très claire. Dès qu'un animal se blesse, s'agite anormalement ou change vraiment d'attitude, je ne joue pas à l'improvisation. Là, je laisse le vétérinaire d'ânes parler, et je m'arrête net. Pour cette panne-là, j'ai juste eu la chance de m'en sortir avec de la corde, des paumes brûlées et une sacrée leçon. Si j'avais gardé un deuxième licol dans le coffre, la forêt de la Double ne m'aurait pas volé 4 heures et je n'aurais pas traîné ce regret jusqu'au soir.

Juliette Lalande

Juliette Lalande publie sur le magazine Les Cadichons des contenus consacrés aux escapades nature, à la randonnée avec âne et à la préparation de séjours au calme. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux organiser leur expérience.

LIRE SA BIOGRAPHIE

Articles en relation