Contact

J’ai testé une semaine sans téléphone en rando-Âne pour voir ce qui change vraiment

mai 31, 2026

Le téléphone a vibré dans la poche de ma veste au moment où Gustave a planté ses sabots dans une ornière humide. Depuis ma banlieue de Bordeaux, je suis partie 14 jours dans la vallée du Célé pour comparer deux semaines de rando-âne, une avec téléphone, une sans. J'ai noté mes échanges, mon stress et mon sommeil, carnet fermé dans la sacoche, et j'ai été convaincue de regarder le silence près.

Comment j’ai organisé mes deux semaines en conditions réelles

J'ai suivi le même itinéraire les deux semaines, avec le même âne, les mêmes sacoches et la même durée de marche. Chaque jour, j'ai marché 5 heures entre Cabrerets, Marcilhac-sur-Célé et plusieurs hameaux calmes, en partant vers 8 h 20 pour garder le rythme identique. J'ai dormi en bivouac certains soirs et dans de petits villages les autres, avec une météo qui changeait vite. Le terrain restait simple, mais une averse de fin d'après-midi suffisait à ralentir tout le monde.

Pour le protocole, j'ai gardé un smartphone basique, une application de suivi d'activité et un carnet papier. J'ai aussi emporté les sacoches, le licol et une batterie externe de 10 000 mAh, parce que je savais que la prise de courant ne serait pas toujours là. Le réseau tombait dès que je descendais dans un creux, et la batterie fondait plus vite les jours de vent. J'ai appris à garder les appels pour les crêtes, sinon je perdais du temps à chercher une barre qui n'arrivait pas.

Je voulais compter les échanges directs, noter mon stress chaque soir et regarder mon ressenti au réveil. J'ai inscrit les conversations avec les locaux, les autres randonneurs et les hébergeurs, puis j'ai comparé les soirées où je parlais plus et celles où je restais seule. J'ai aussi relevé la durée d'écran, puis mon pouls de repos avec le podomètre. Mon carnet me servait de garde-fou, parce que ma mémoire arrondit toujours les journées trop vite.

Mon travail de Rédactrice indépendante spécialisée pour magazine touristique m'a appris à découper une sortie en observations nettes. Depuis 9 ans, je travaille en freelance et je publie 10 à 12 articles par an sur la randonnée nature. Ma Licence en tourisme et gestion des loisirs (Université Bordeaux, 2014) m'a appris à poser un cadre propre. Je vis avec mon compagnon, sans enfants, et on vit à deux, mon compagnon et moi, ce qui me laisse déjà du recul sur les notifications.

La semaine avec téléphone : ce que j’ai vraiment vécu

Le premier jour avec téléphone, j'ai vérifié l'itinéraire trois fois avant midi. J'ai répondu à quatre messages, lancé une appli de carte, puis relu deux fois l'heure d'une épicerie. Je me suis arrêtée plus longtemps que prévu sous un tilleul, parce qu'un fil de discussion m'a happée. J'ai remarqué que Gustave avançait moins bien quand je baissais les yeux vers l'écran.

Au soir du quatrième jour, j'avais noté 20 échanges directs, une note de stress à 6,0 sur 10 et 1 h 42 d'écran. Mon podomètre affichait un pouls de repos à 82, puis 79 le lendemain quand j'avais mieux dormi. Ces chiffres restent les miens, mais j'ai vu une même chose revenir: le téléphone coupait mes pauses. Je faisais plus de micro-arrêts, et mes pauses se terminaient par un regard au lieu d'une vraie discussion.

J'ai trouvé plus simple d'organiser une rencontre grâce aux messages, et ça m'a clairement arrangée. Mais j'ai aussi perdu une conversation avec un couple rencontré près de Bouziès, parce qu'une notification a coupé le moment. J'ai levé le nez deux minutes trop tard, et ils étaient déjà repartis vers le chemin balisé. Ce genre de raté ne m'a pas ruinée, mais il a cassé la qualité de l'échange.

Le plus net est venu à Saint-Martin-Labouval, où le réseau a disparu pendant 2 heures. J'ai voulu appeler pour vérifier un horaire, puis j'ai laissé tomber l'affaire et j'ai demandé la route à une épicière. J'ai fini par retrouver la bonne bifurcation derrière le lavoir, avec un vrai bout de papier plié dans ma main. Là, j'ai compris que le téléphone me servait plus de réflexe que d'outil.

La semaine sans téléphone : ce qui a vraiment changé dans mes interactions et mon stress

Le premier matin sans téléphone, j'ai été frappée par le bruit des pas de Gustave et par le froissement de mes manches. Je me suis retrouvée à regarder les arbres au lieu de l'écran, et ça m'a presque gênée les dix premières minutes. J'ai cherché ma poche par réflexe, puis j'ai lâché prise en comptant les murets. L'ennui est passé plus vite que prévu, parce que j'avais enfin l'espace pour observer.

Sans téléphone, j'ai compté 26 échanges directs, dont une longue discussion de 22 minutes avec un berger près de Sauliac-sur-Célé. Je me suis aussi arrêtée plus facilement avec deux villageoises qui m'ont donné des indications de source sûre. J'ai recoupé leurs repères avec la FFRandonnée et les fiches de l'Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine, que je consulte avant chaque départ. Le contraste était clair: je parlais moins par message, mais je restais plus longtemps dans les vraies conversations.

Le stress a baissé par paliers, pas d'un coup, et j'ai senti mes épaules se relâcher après le troisième jour. Mon auto-évaluation est passée de 6,0 à 5,1 sur 10, et mon sommeil est monté de 4 à 7 sur 10. Mon podomètre a aussi affiché un repos à 74, puis 72, au lieu de 82 avec le téléphone. Je ne tire pas une loi générale de ces chiffres, mais chez moi la différence était visible.

Le sixième soir, j'ai failli appeler pour une adresse de bivouac notée trop vite. Je suis restée plantée devant la carte pliée, j'ai hésité dix minutes, puis j'ai demandé à un habitant qui sortait ses poubelles. Il m'a montré un chemin derrière une grange, et j'ai rejoint l'étape sans sortir mon téléphone. J'ai été soulagée, surtout parce que j'avais cru perdre une heure pour rien.

Mon verdict factuel après ces deux semaines en rando-âne

Au total, j'ai compté 20 échanges directs avec téléphone, puis 26 sans téléphone. J'ai donc vu une hausse d'un peu plus de un tiers environ, avec un stress moyen réduit de une petite partie. Mon sommeil a été plus long de 39 minutes par nuit, et je suis rentrée plus reposée. En tant que Rédactrice indépendante spécialisée pour magazine touristique, j'ai rarement vu un écart aussi lisible sur un protocole aussi simple.

Ce qui marche, pour moi, c'est la coupure nette pendant la marche et la reprise des messages à l'étape. Ce qui bloque, c'est l'absence de réponse immédiate quand une adresse change ou qu'un sentier se ferme. J'ai aimé cette sobriété, mais j'ai aussi vu sa limite: sans préparation, je me serais énervée au bout d'une heure. Pour quelqu'un qui accepte de préparer son étape et de ne pas tout vérifier à la seconde, la version sans écran m'a paru plus juste.

Cette expérience parle surtout aux personnes qui marchent lentement, préparent peu d’étapes et acceptent des moments sans réseau. Je garderais aussi une marge pour un usage limité du téléphone, parce que ma réalité n’est pas celle de tout le monde. Quand une question sort du cadre de mon test, je m’arrête là et je renvoie vers un guide local ou un organisateur de randonnée. À Marcilhac-sur-Célé, j’ai rangé le téléphone avec la certitude que le test parlait plus de présence que de performance.

Juliette Lalande

Juliette Lalande publie sur le magazine Les Cadichons des contenus consacrés aux escapades nature, à la randonnée avec âne et à la préparation de séjours au calme. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux organiser leur expérience.

LIRE SA BIOGRAPHIE

Articles en relation