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Voyager seule avec son âne tient parfaitement la route dans le lot, je le confirme

mai 26, 2026

Le cuir du bât chauffait déjà sous mes doigts quand Gustave a planté ses oreilles dans le chemin de Lascabanes. Depuis ma banlieue de Bordeaux, je suis partie 4 jours dans le Lot pour marcher seule avec lui. J'avais le sac étanche, l'eau, le pique-nique et la petite trousse arrimés sur son dos. En tant que rédactrice indépendante pour un magazine touristique, j'ai compris très vite que le vrai sujet n'était pas la solitude, mais le rythme. Je raconte ici ce qui m'a aidée, ce qui m'a agacée, et ce que cette marche change vraiment.

Je ne m'attendais pas à autant de liens humains grâce à mon âne

À l'entrée de Lascabanes, un homme s'est arrêté net devant nous. Il a posé sa main rugueuse sur l'encolure de Gustave, puis il m'a demandé où j'allais dormir. J'ai été frappée par la vitesse avec laquelle la conversation a démarré. Sans l'âne, je serais restée une silhouette qui passe. Avec lui, je suis devenue quelqu'un à qui on parle, sans effort.

Le même genre de scène est revenu à Livernon puis au gîte de Varaire. Une famille m'a gardée plus d'une heure sur sa terrasse pour savoir combien pesait le bât, ce que je portais et pourquoi Gustave s'arrêtait avant les autres. Je me suis retrouvée à détailler le réglage de la longe entre deux gorgées d'eau fraîche. Mon travail de Rédactrice indépendante spécialisée pour magazine touristique m'a appris à regarder ces petites scènes, parce que c'est là que le voyage prend sa vraie couleur.

Je suis partie avec une solitude nette au départ. À la maison, avec mon compagnon, sans enfants, mes journées d'écriture me laissent par moments dans un silence lourd. Là, le contact social est venu sans que je le cherche. Les repères de la Fédération Française de Randonnée Pédestre (FFRandonnée) sur les étapes courtes vont dans ce sens, et l'Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine m'a aidée à caler les haltes sans me perdre dans des détours inutiles.

En 9 ans de travail rédactionnel, et depuis ma Licence en tourisme et gestion des loisirs (Université Bordeaux, 2014), j'ai appris à repérer ce qui tient un séjour debout. Un village où l'on s'arrête, un âne qui attire la curiosité, une pause qui casse l'isolement, tout compte. Je ne prétends pas mesurer le bien-être à la place d'un spécialiste, mais je sais ce que cela change dans une journée. Je suis rentrée du Lot plus légère dans la tête que je ne l'avais prévu.

Le poids du bât et la chaleur du causse m'ont fait douter plus d'une fois

Le vrai problème a commencé avec le bât sur terrain irrégulier. J'avais chargé trop vite, avec les objets lourds du mauvais côté, et la sacoche gauche tirait plus que l'autre. Au bout de quelques kilomètres, le bât a glissé d'un cran, puis les sangles ont marqué l'échine. J'ai dû refaire le sanglage sous un soleil de plomb, alors que Gustave balayait l'air de ses oreilles. J'ai vu deux bandes humides de part et d'autre de l'échine, et ce détail m'a coupé l'envie de faire la maligne.

Dans la montée sèche après la bergerie, j'ai compris que le causse ne pardonne pas le surpoids. Le bruit sec des sabots sur la pierre m'a alertée avant l'arrêt. Gustave s'est planté, quatre pieds vissés dans le calcaire, puis il a soufflé vers un maigre chêne. J'ai attendu à l'ombre, puis j'ai raccourci l'étape à 8 km. La journée qui devait filer tranquillement s'est découpée en pauses, et je n'ai pas cherché à forcer.

Le soir, quand j'ai retiré le bât, la marque chaude sur le dos m'a arrêtée net. En marche, il paraissait encore correct. C'est là que j'ai vraiment compris mon erreur. J'ai été convaincue qu'il valait mieux alléger les sacoches tout de suite, pas le lendemain. Le point faible du voyage, pour moi, a été ce décalage entre ce que je voyais et ce que le corps de l'âne encaissait.

Dès la journée suivante, j'ai déplacé les objets lourds au plus près de l'axe et j'ai équilibré les deux côtés. J'ai aussi contrôlé le sanglage à chaque halte. Les frottements ont baissé dès ce moment-là, et Gustave a repris une allure plus ronde. Sur les parties exposées, j'ai gardé des pauses d'eau toutes les 2 heures.

Le rythme imposé par l'âne a transformé ma façon de marcher et de vivre le voyage

Avec Gustave, je tournais autour de 4 km/h sur le roulant. Dès que le chemin devenait caillouteux, je passais en mode très lent. Une étape de 12 km paraissait courte sur la carte, puis elle occupait toute ma journée. Ce rythme m'a obligée à regarder l'heure autrement. J'ai cessé de compter les kilomètres comme un score.

Je partais plus tôt, avant que la chaleur durcisse les pierres. Je gardais l'eau à portée, pas seulement pour moi, et je choisissais des haltes à l'ombre des murets. Une fois, j'ai refait un nœud de longe dans un passage étroit pendant qu'un cycliste me regardait sans rien dire. J'ai râlé à voix basse, oui, ça m'a saoulée, puis j'ai repris. On vit à deux, mon compagnon et moi, sans autres bouches à nourrir, et je mesure vite le confort d'une journée qui ne finit pas à bout de souffle.

Je me suis sentie plus posée en fin de journée. En 9 ans de travail rédactionnel, j'ai vu à quel point les séjours trop remplis fatiguent plus que la marche elle-même. Là, le pas lent, le silence du causse et les pauses régulières ont fait baisser la tension. Cela rejoint ce que l'Inserm décrit sur le temps passé dehors et le stress, mais chez moi le verdict a été très simple. Je rentrais moins saturée, et ça compte plus que je ne l'imaginais.

Cette formule m'a plu, mais elle ne conviendra pas à tout le monde

Ce format m'a semblé pertinent pour un couple capable de marcher 12 km par jour, avec un budget de 200 euros par mois pour les sorties et des départs avant 8 h. Il convient aussi à une personne déjà à l'aise avec la longe et le sanglage, ou à deux amis qui aiment les haltes à l'ombre et les villages tranquilles. J'étais confiante avant de partir, puis j'ai compris que cette confiance aide surtout quand on accepte de reprendre un réglage sans s'énerver.

Je le déconseille à quelqu'un qui veut avancer vite, enchaîner les journées ou voyager sans surveiller un animal. Si tu vises 20 km d'une traite, si tu veux oublier les sacoches dès le départ, ou si la chaleur te coupe vite les jambes, tu vas t'agacer. Le Lot ne masque rien. Il montre tout, y compris les erreurs de chargement.

  • Randonnée solo classique, plus simple à gérer, mais je porte tout et je croise moins de monde.
  • Voyage en van, plus confortable le soir, mais la marche disparaît et les échanges au bord du chemin se raréfient.
  • Sac à dos seul, léger à organiser, mais lourd sur les épaules et sans l'âne comme prétexte à la conversation.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

Au final, ce voyage m'a apporté plus que prévu. Le contact humain a été réel, le poids est resté supportable dès que j'ai corrigé le chargement, et le Lot a gardé sa rudesse sans m'écraser. Avec mon compagnon, sans enfants, j'aime les escapades qui laissent une vraie place au silence, mais là j'ai surtout retenu la vie qui circule autour de l'âne. Cette forme de marche ralentit tout, et elle le fait bien.

POUR QUI OUI : je le recommande à un couple sans enfant qui accepte 12 km maximum par jour et un budget de 200 euros par mois pour ses sorties nature. Il convient aussi à une personne qui marche déjà 4 heures sans se presser, ou à deux amis qui aiment contrôler le sanglage à chaque halte. À condition d'accepter de ralentir et de vérifier le bât à chaque pause, la formule fonctionne.

POUR QUI NON : je le déconseille à la personne qui vise 20 km par jour, à celle qui veut partir sans toucher à une sacoche, et à qui cherche un séjour sans vigilance. Je le déconseille aussi à un voyageur qui supporte mal la chaleur ou les pauses répétées. Mon verdict : oui, dans le Lot, voyager seule avec son âne fonctionne très bien, mais seulement si tu acceptes le pas lent, les pauses d'eau toutes les 2 heures et la discipline du bât.

Juliette Lalande

Juliette Lalande publie sur le magazine Les Cadichons des contenus consacrés aux escapades nature, à la randonnée avec âne et à la préparation de séjours au calme. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux organiser leur expérience.

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