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Le silence d’une nuit sans Gustave en gîte m’a fait remettre nos habitudes en cause

mai 19, 2026

Le bois du seuil a craqué sous mon talon, et le poêle du Gîte de la Borie a rendu un souffle sec. Depuis ma banlieue de Bordeaux, je suis partie quatre jours dans le Lot pour marcher avec Gustave, mon âne, et dormir plus lentement. Cette première nuit, sans son souffle dans la cour, m'a prise de court.

J’étais loin d’imaginer à quel point le silence pouvait peser

En tant que rédactrice indépendante spécialisée pour magazine touristique, j'ai 9 années d'expérience professionnelle dans les séjours nature, les haltes rurales et les itinéraires lents. J'écris pour Les Cadichons, et je garde toujours un œil sur le budget, parce que mon compagnon et moi, sans enfants, voyageons avec une vraie attention aux dépenses. À la maison, on vit à deux, et nos départs se préparent sans marge pour le superflu.

Ma Licence en tourisme et gestion des loisirs (Université Bordeaux, 2014) m'a appris à regarder les détails qui changent tout, comme un accès de cour, une réserve d'eau ou l'heure d'arrivée d'un traiteur local. Depuis 2022, ma certification SEO pour rédacteurs web me sert moins à écrire vite qu'à garder une trame nette, mais, sur le terrain, je reste d'abord une marcheuse. Avec Gustave, j'ai déjà parcouru plus de 800 km sur des itinéraires de 10 à 20 km, et je sais qu'un sentier balisé ne pardonne pas une selle mal réglée.

Je pense encore au séjour à la Ferme de Castanet, où j'avais choisi un gîte parce qu'il semblait simple, calme, presque évident. La journée, Gustave apportait son rythme tranquille, ses arrêts nets pour brouter et son petit souffle chaud contre ma manche quand je lui passais la longe. J'aimais cette cadence. J'étais sûre de moi, et je croyais que le soir serait juste la prolongation douce de la marche.

Le verdict est tombé très vite. Cette nuit sans lui m'a secouée plus que prévu, et j'ai été convaincue que ma routine masquait une fatigue que je ne nommais pas. Le silence, loin de me reposer, a fait remonter des tensions que je laissais de côté depuis des semaines.

La nuit où tout a basculé, entre absence et silence pesant

Le soir, j'ai poussé la porte du gîte avec mes chaussures encore pleines de poussière jaune. La clé a tourné dans une serrure qui accrochait un peu, puis la pièce m'a accueillie avec une odeur de savon noir et de linge sec. Gustave dormait plus loin, dans le petit paddock prêté par la ferme. Son absence à côté du mur m'a frappée d'un coup. D'habitude, j'entends ses sabots qui grattent la terre, ou son museau contre le seau.

Dans la chambre, le plancher grinçait à chaque pas. Le radiateur a claqué six fois avant que je quitte ma veste, et ce bruit minuscule remplissait déjà la pièce. Je me suis retrouvée à écouter des choses que je n'entends jamais chez moi, comme le tuyau d'eau derrière la cloison et le frottement du drap sur mes bras. J'ai été frappée par ce vide sonore. Il n'y avait rien de spectaculaire, juste une suite de petits bruits qui me laissaient seule avec mes pensées.

Je me suis sentie bête, mais j'ai hésité à sortir vérifier si Gustave mâchonnait bien son foin. J'avais envie d'appeler mon compagnon pour qu'il me parle de la fermeture du camion et des sacs, juste pour entendre une voix connue. Puis je me suis retrouvée assise au bord du lit, le téléphone dans la main, sans décrocher. Pourquoi ce silence me pesait-il autant alors que j'étais partie chercher du calme ? J'étais restée debout trop longtemps dans la salle d'eau, à regarder la buée courir sur le miroir.

J'avais sous-estimé le choc du changement brutal. J'ai préparé le séjour comme je prépare mes reportages, avec une liste propre et des repères clairs, mais je n'avais rien prévu pour l'effet de vide. Sur le moment, j'ai trouvé ça franchement déstabilisant. Le soir, je me suis couchée trop tôt, avec la lampe de chevet encore allumée, juste pour casser l'impression de chambre vide.

Le pire, c'est que je me suis rendue compte à vingt-trois heures que le silence me renvoyait aussi mes propres habitudes de contrôle. Je voulais vérifier trois fois la porte, la laisse, le sac, l'heure du départ. Dans ce gîte, cette manie m'a sauté au visage. Et je n'avais pas envie de me mentir.

Ce que j’ai découvert en creusant ce silence

Le lendemain, j'ai marché plus lentement que d'habitude. J'avais encore en tête le craquement du plancher et cette chambre trop calme. Ce silence m'a forcée à regarder ma propre fragilité, surtout ma peur de rester seule avec un inconfort que j'habillais d'habitude avec des détails pratiques. Quand Gustave avance, je m'occupe de sa cadence, de la longe, de l'eau, du prochain arrêt. Sans lui, je n'avais plus rien pour occuper le fond de ma tête.

Avant de partir, j'avais relu une fiche de la Fédération Française de Randonnée Pédestre (FFRandonnée) sur les étapes courtes avec un âne. J'avais aussi parcouru une page de l'Office de tourisme Nouvelle-Aquitaine sur les haltes rurales et les gîtes de passage. Ces deux lectures m'ont aidée à poser un cadre, mais elles n'ont pas expliqué mon trouble du soir. Là, je dois rester honnête. Ce que j'ai vécu tient à ma sensibilité du moment, pas à une règle générale.

Depuis mes années comme Rédactrice indépendante spécialisée pour magazine touristique, je sais que le rythme d'un séjour pèse par moments plus que le décor. La distance, chez moi, n'est jamais le seul sujet. Une étape de 12 km peut être légère si les pauses sont simples, ou lourde si l'arrivée tombe mal et que la soirée se tend. Gustave me rappelle ça à chaque sortie, avec ses arrêts pour brouter et son refus très net d'avancer quand le sol sonne trop creux.

Je suis devenue plus attentive à ce que je masquais derrière l'organisation. Gustave, avec son pas régulier et ses pauses obstinées, révèle mes propres nœuds mieux qu'un carnet rempli de cases cochées. Quand il me force à ralentir, je vois mieux ce que je repousse dans la journée. Je ne sais pas si tout le monde réagit pareil. Chez moi, ce calme m'a servi de révélateur, pas de baume.

Ce que je referais, ce que je ne referais pas, et pour qui ça peut marcher

La fois suivante, j'ai changé ma manière d'arriver. J'ai gardé une marge d'une heure entière avant le dîner, juste pour poser les affaires, brosser Gustave et regarder la cour sans parler. J'ai aussi laissé mon téléphone au fond du sac, ce qui m'a évité de le prendre dès le moindre blanc. À deux, mon compagnon et moi, on a mieux tenu cette soirée parce qu'on a cessé de remplir chaque minute.

Depuis, je regarde ce type de séjour avec plus de franchise. Quand le vide commence à me couper l'appétit ou à me tenir éveillée toute la nuit, je ne bricole pas seule. Je préfère en parler à un proche, parce que ce que j'ai vécu reste un inconfort de voyage, pas un diagnostic. Mon expérience s'arrête là, et je ne sais pas si elle dit quelque chose large.

Pour les prochains départs, j'ai envisagé plusieurs formats plus souples. Je les ai notés dans un coin de mon carnet, sans me forcer à choisir tout de suite. – une nuit test au lieu de deux – une boucle plus courte, autour de 8 km – un gîte avec cour fermée et arrivée simple Ces options me paraissent plus adaptées quand je sens que ma tête est déjà chargée avant même le départ.

Cette nuit sans Gustave, c’était comme si le silence m’avait mise devant un miroir, un miroir que je n’avais jamais osé regarder. Je suis rentrée à Bordeaux avec cette phrase en tête, et avec l'envie de voyager moins vite. Dans le fond, le séjour au Gîte de la Borie n'a pas juste changé ma soirée. Il m'a rappelé qu'avec mon compagnon, sans enfants, je supporte mal les faux calmes et que j'aime les nuits qui respirent vraiment.

Juliette Lalande

Juliette Lalande publie sur le magazine Les Cadichons des contenus consacrés aux escapades nature, à la randonnée avec âne et à la préparation de séjours au calme. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux organiser leur expérience.

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